← Carnets de Justice

▸ IA & Droit

IA : ce qui change vraiment le 2 août 2026

Le report du volet « haut risque » de l'AI Act ne change rien à l'application du régime général au 2 août 2026, transparence et sanctions comprises. La justice et la résolution amiable des litiges restent classées à haut risque, avec documentation et supervision humaine obligatoires d'ici décembre 2027.

Pierre-Paul Prud'hon, esquisse de La Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime, allégorie de la justice armée d'une épée aux côtés de la vengeance ailée
Pierre-Paul Prud'hon, La Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime (esquisse), J. Paul Getty Museum · domaine public

Le règlement européen sur l’intelligence artificielle devait imposer cet été ses obligations les plus lourdes. À quelques semaines de l’échéance, l’Europe a déplacé une partie du rendez-vous. Ce qui s’applique, ce qui attendra : guide de lecture pour ne pas s’y perdre.

Une loi à étages

Adopté en 2024, le règlement (UE) 2024/1689, dit AI Act, est la première tentative au monde d’encadrer l’intelligence artificielle dans son ensemble. Sa logique tient en une phrase : plus un système présente de risques, plus les obligations pèsent. Les usages jugés inacceptables, comme la notation sociale des individus, sont interdits depuis février 2025. Les grands modèles génératifs, ceux qui alimentent les assistants conversationnels, répondent à des règles propres depuis août 2025. Restait le cœur du réacteur : les systèmes dits « à haut risque ».

Le report de dernière minute

Huit domaines relèvent de cette catégorie, de la biométrie au recrutement, jusqu’à l’administration de la justice. Pour eux, le texte exigeait dès le 2 août 2026 une gestion des risques rigoureuse et une supervision humaine effective, le tout dûment documenté. C’était sans compter le paquet « Digital Omnibus », voté par le Parlement européen le 16 juin 2026 et approuvé par le Conseil le 29 juin. Faute de normes techniques prêtes, ces obligations sont reportées au 2 décembre 2027. Les systèmes intégrés à des produits déjà réglementés, dispositifs médicaux ou machines, attendront même le 2 août 2028. Seize mois de sursis, au minimum.

Ce qui s’applique quand même

Le 2 août 2026 reste pourtant une vraie bascule. Le régime général du règlement devient applicable, et avec lui l’article 50, celui de la transparence : un agent conversationnel doit dire qu’il est une machine, et un contenu fabriqué par IA doit être identifiable comme tel. Quant à l’hypertrucage, le fameux deepfake, il doit être signalé. Les amendes prévues donnent la mesure : jusqu’à 35 millions d’euros ou 7 % du chiffre d’affaires mondial pour les pratiques interdites, 15 millions ou 3 % pour les autres manquements. Les petites entreprises bénéficient de plafonds adaptés.

La justice en première ligne

Un détail devrait retenir l’attention des juristes, et pas seulement la leur. L’assistance aux juges dans l’analyse des faits et du droit figure expressément parmi les systèmes à haut risque, et le texte vise aussi la résolution amiable des différends, arbitrage et médiation compris. Une IA qui aide à trancher un litige devra être documentée, surveillée, contestable. À mes yeux, ce classement dit une chose simple et juste : on ne confie pas l’ombre d’un jugement à une boîte noire.

Le report n’est pas un renoncement. L’Europe a choisi de retarder l’exigence plutôt que de l’affaiblir, le temps que les normes existent. Reste la question que chacun peut se poser d’ici décembre 2027 : les concepteurs de ces systèmes mettront-ils ce délai à profit, ou attendront-ils, comme souvent, la veille de l’examen ?


Références : règlement (UE) 2024/1689 (AI Act), annexe III, articles 50 et 99 (EUR-Lex, artificialintelligenceact.eu) ; paquet « Digital Omnibus » : vote du Parlement européen du 16 juin 2026, approbation du Conseil du 29 juin 2026, report des obligations « haut risque » de l’annexe III au 2 décembre 2027 et de l’annexe I au 2 août 2028.

Contenu d’information générale : il ne constitue pas une consultation juridique. Chaque situation appelle une analyse propre : consultez un avocat.

Questions fréquentes

Les obligations de l'AI Act pour les systèmes à haut risque s'appliquent-elles bien le 2 août 2026 ?

Non : le paquet « Digital Omnibus », voté par le Parlement européen le 16 juin 2026 et approuvé par le Conseil le 29 juin, reporte ces obligations au 2 décembre 2027 — et même au 2 août 2028 pour les systèmes intégrés à des produits déjà réglementés.

Qu'est-ce qui s'applique quand même le 2 août 2026 ?

Le régime général du règlement devient applicable, avec l'article 50 sur la transparence : un agent conversationnel doit dire qu'il est une machine, un contenu généré par IA doit être identifiable, et un hypertrucage doit être signalé.

L'assistance aux juges par l'IA est-elle considérée comme un système à haut risque ?

Oui : l'assistance aux juges dans l'analyse des faits et du droit, ainsi que la résolution amiable des différends (arbitrage et médiation compris), figurent expressément parmi les systèmes à haut risque.