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L’éloquence n’est pas un don, elle s’apprend

Le concours de plaidoiries 2026 du Mémorial de Caen rappelle que l'éloquence n'est pas un don mais un artisanat : elle se construit par le corps, la structure, la répétition et le silence.

Cesare Maccari, Cicéron dénonce Catilina devant le Sénat romain
Cesare Maccari, Cicéron dénonce Catilina (vers 1889), Palazzo Madama, Rome, domaine public, via Wikimedia Commons

Le 29 mars 2026, au Mémorial de Caen, le concours de plaidoiries des avocats a changé de visage : les candidats concouraient en binômes, dans de véritables joutes oratoires de quinze minutes. Les lauréates, deux avocates du barreau de Bruxelles, y ont plaidé « L’injustice frappe toujours deux fois ». Derrière le spectacle, une leçon que tout le monde peut s’approprier.

Le mythe du talent naturel

On imagine volontiers l’éloquence comme une grâce reçue au berceau. Un vieil adage latin affirme pourtant qu’on naît poète mais qu’on devient orateur. La légende rapportée par Plutarque raconte que Démosthène, bègue et moqué, s’exerçait à parler avec des cailloux dans la bouche, face à la mer. Peu importe que l’anecdote soit embellie. Elle dit une vérité d’atelier : la parole publique est un artisanat. Cicéron, avocat avant d’être philosophe, décrivait déjà l’orateur comme le produit d’un long entraînement, nourri de droit autant que d’histoire.

Ce qui se travaille vraiment

Tout commence par le corps. La respiration se pose, la voix trouve sa place. Le regard, lui, cherche dans la salle celui qui doute encore. Vient ensuite la structure : une plaidoirie n’est pas un flot d’arguments, c’est un chemin balisé où le juge n’est jamais perdu. Puis la répétition, encore et encore, jusqu’à ce que le texte s’efface derrière la conviction. Le silence aussi se travaille. Une pause tenue au bon moment vaut mieux qu’un adjectif de plus : elle laisse à l’auditeur le temps de faire sienne l’idée qu’on vient de lui confier. Les avocats qui brillent à Caen ne sont pas nés micro en main. Ils ont répété des soirs entiers.

À quoi servent les concours

On pourrait n’y voir que des tournois d’ego. Ce serait mal les comprendre. Le concours de Caen fait plaider des causes réelles de défense des droits humains, devant un jury et un public exigeants. Ces exercices sont les conservatoires de l’art oratoire : on y transmet des techniques que l’université enseigne peu, on y apprend à tenir debout quand la contradiction arrive. De nombreux barreaux organisent d’ailleurs leurs propres joutes, où les jeunes avocats se frottent très tôt au public. Et le format en binôme de 2026 ajoute l’essentiel : plaider, c’est aussi écouter l’autre, même son allié.

Une école pour tous

Ma conviction d’avocat : ce travail concerne chacun. Défendre un projet devant un comité ou répondre à un oral d’examen, c’est exactement la même mécanique. Préparer, structurer, incarner. Commencez petit si le sujet vous intimide : une minute chronométrée sur un message unique. Enregistrez-vous, puis réécoutez sans complaisance. Dans un monde saturé d’images et de messages courts, la parole construite reste un instrument d’égalité : elle ne coûte rien d’autre que du travail.

La prochaine fois que vous écouterez un orateur qui semble improviser avec aisance, souvenez-vous des cailloux de Démosthène. Ce naturel est le fruit d’heures invisibles. La bonne nouvelle, c’est que ces heures sont à la portée de tous. Et qu’il n’est jamais trop tard pour s’y mettre.


Note et références : concours de plaidoiries des avocats 2026, Mémorial de Caen, 29 mars 2026, palmarès publié sur memorial-caen.fr ; Plutarque, « Vie de Démosthène » ; Cicéron, « De l’orateur ».

Contenu d’information générale : il ne constitue pas une consultation juridique. Chaque situation appelle une analyse propre : consultez un avocat.

Questions fréquentes

L'éloquence est-elle un don inné ou une compétence qui s'apprend ?

Selon un vieil adage latin, on naît poète mais on devient orateur : la parole publique est un artisanat qui s'apprend par le travail, non un don reçu à la naissance.

Comment s'entraîner concrètement à l'art oratoire ?

Le travail commence par le corps (respiration, voix, regard), se poursuit par la structure de la plaidoirie, puis par la répétition, et enfin par la maîtrise du silence : une pause tenue au bon moment vaut mieux qu'un adjectif de plus.

À quoi servent les concours de plaidoiries comme celui du Mémorial de Caen ?

Ils font plaider des causes réelles devant un jury exigeant et servent de conservatoires de l'art oratoire, transmettant des techniques peu enseignées à l'université et apprenant à tenir debout quand la contradiction arrive.