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Convoqué à une enquête interne : ce que le salarié peut exiger, ou pas

L'enquête interne n'est pas un procès : l'employeur n'a pas à informer le salarié visé, et refuser de s'y présenter peut être sanctionné. Depuis 2023, une preuve obtenue de façon déloyale n'est plus automatiquement écartée si la production est indispensable et l'atteinte proportionnée.

Leonaert Bramer, Le Jugement de Salomon, huile sur bois
The Metropolitan Museum of Art, New York · Open Access (domaine public)

Un message des ressources humaines vous convoque « pour un entretien confidentiel ». Une collègue a dénoncé des faits, l’entreprise vérifie. Faut-il un avocat ? Peut-on se taire ? L’enquête interne n’est pas un procès, et les droits qu’on y imagine ne sont pas toujours ceux qu’on y trouve.

L’enquête n’est pas un procès

Premier réflexe, souvent : exiger de connaître le dossier et d’être confronté à ses accusateurs. La Cour de cassation a pourtant jugé en 2021 qu’une enquête ouverte après une dénonciation de harcèlement n’est pas un dispositif de surveillance des salariés : l’employeur n’a pas à en informer la personne visée, et le rapport reste une preuve recevable. Plus surprenant encore : refuser de se rendre à un entretien d’enquête peut être sanctionné, car il ne s’agit pas d’un entretien disciplinaire. Une salariée l’a appris à ses dépens : l’avertissement infligé après son refus de se présenter a été validé par les juges. Ici, ni juge ni greffier.

La preuve a changé d’ère

L’époque a changé. Depuis un arrêt d’assemblée plénière du 22 décembre 2023, une preuve obtenue de façon déloyale n’est plus automatiquement écartée du procès civil. Le juge met en balance le droit à la preuve et les droits adverses : la production doit être indispensable et l’atteinte strictement proportionnée. Quant aux témoignages anonymisés recueillis pendant l’enquête, ils peuvent être pris en compte s’ils sont corroborés par d’autres éléments. Un juge ne peut toutefois fonder sa décision ni uniquement ni de manière déterminante sur des témoignages anonymes. Cette souplesse vaut dans les deux sens : elle peut servir la preuve du salarié comme celle de l’employeur.

Des protections bien réelles

Le salarié qui dénonce n’est pas démuni. Celui qui relate de bonne foi des faits de harcèlement ne peut être licencié pour ce motif : un tel licenciement est nul. Et la mauvaise foi ne se déduit jamais de la seule fragilité des accusations ; elle suppose que le salarié connaissait la fausseté des faits qu’il dénonçait. La bonne foi se présume. Et le témoin des agissements bénéficie de la même protection.

Ce qu’il faut retenir

Mon regard d’avocat : l’enquête interne est un moment sérieux, jamais une formalité. Préparez votre audition, relisez le compte rendu avant de le signer, faites-vous conseiller en amont si un reproche peut vous être adressé. Rien n’interdit de demander qui mène l’enquête, et pour qui. L’équité d’une enquête se joue dans ses détails. Et quand elle est confiée à un avocat, des règles déontologiques précises s’y ajoutent : ce sera l’objet du prochain article.


Références : Cass. soc., 17 mars 2021, n° 18-25.597 ; Cass. soc., 22 mars 2016, n° 15-10.503 ; Ass. plén., 22 décembre 2023, n° 20-20.648 ; Cass. soc., 19 avril 2023, n° 21-20.308 et n° 21-21.053 ; article L. 1152-2 du code du travail.

Contenu d’information générale : il ne constitue pas une consultation juridique. Chaque situation appelle une analyse propre : consultez un avocat.

Questions fréquentes

L'employeur doit-il informer le salarié visé qu'une enquête interne est ouverte contre lui ?

Non : la Cour de cassation a jugé en 2021 qu'une enquête ouverte après une dénonciation de harcèlement n'est pas un dispositif de surveillance des salariés, si bien que l'employeur n'a pas à en informer la personne visée, et que le rapport reste une preuve recevable.

Peut-on refuser de se rendre à un entretien d'enquête interne ?

Le refuser peut être sanctionné, car l'entretien d'enquête n'est pas un entretien disciplinaire : une salariée ayant refusé de s'y présenter a vu son avertissement validé par les juges.

Le salarié qui dénonce un harcèlement de bonne foi risque-t-il un licenciement ?

Non : le salarié qui relate de bonne foi des faits de harcèlement ne peut être licencié pour ce motif, un tel licenciement étant nul. La bonne foi se présume, et la mauvaise foi ne se déduit jamais de la seule fragilité des accusations.