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L’intelligence artificielle peut-elle plaider ?
2 juillet 2026
Face à l'intelligence artificielle générative, la plaidoirie reste un acte qui engage la personne de l'avocat, que le serment (conscience, indépendance, humanité) ne délègue pas à une machine.
En mai 2026, à la Halle de l’innovation de Montpellier, le salon LID (Legaltech Innovation & Droit) a de nouveau organisé son duel fétiche : une « battle » opposant une intelligence artificielle à un avocat. Le public rit, puis se tait. Si la machine argumente aussi bien, que reste-t-il du plaideur ?
La machine est entrée au prétoire
Les outils d’intelligence artificielle générative ont conquis les cabinets à une vitesse que peu de professions ont connue. Recherche documentaire, synthèse de dossiers volumineux, premiers projets d’écritures : le gain de temps est réel, et il serait naïf de le nier. La Cour de cassation elle-même s’est saisie du sujet, avec un rapport remis en avril 2025 pour préparer « la Cour de demain ». Six mois plus tard, le 24 octobre 2025, magistrats et avocats publiaient un guide commun de vigilance déontologique sur l’IA générative. Le message tient en une ligne : l’outil travaille, l’humain répond.
Ce que les juges ont vu
Le printemps 2026 a livré un premier retour d’expérience grandeur nature. Plusieurs tribunaux administratifs ont rejeté des requêtes visiblement sorties d’un générateur de texte : argumentation stéréotypée, sans aucune précision sur la situation réelle du requérant. Les juges n’ont pas sanctionné l’usage de la machine. Ils ont sanctionné le vide. Une requête qui ne raconte pas les faits de celui qu’elle prétend défendre ne défend personne, quelle que soit la plume qui l’a écrite.
Ce qu’une machine ne jurera jamais
L’avocat français prête serment d’exercer ses fonctions « avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité ». Chaque mot pèse. La conscience suppose un être capable de douter, l’indépendance un être capable de résister. Et l’humanité exige quelqu’un qui ressent ce que traverse son client. Une intelligence artificielle ne prête pas serment. Elle ne met en jeu ni sa responsabilité, ni son honneur. Quand un avocat se lève pour plaider, il engage sa personne entière devant le juge. Cette exposition donne son prix à sa parole.
L’outil et la voix
Faut-il alors bannir l’IA des cabinets ? Certainement pas. Elle déblaie le terrain et fait gagner un temps précieux. Encore faut-il relire chaque ligne et vérifier chaque référence produite : la machine sait inventer avec un aplomb désarmant, et c’est l’avocat qui signe. Je crois même que, bien tenue, elle rendra l’avocat plus disponible pour l’essentiel : écouter son client et construire le sens d’un dossier. Mais la plaidoirie n’est pas un texte lu à voix haute. C’est une rencontre, où une voix accepte d’être contredite sur-le-champ sous le regard d’un juge. Le jour où une audience se résumera à un échange de textes générés, ce ne sera plus une audience.
La vraie question n’est donc pas de savoir si l’intelligence artificielle plaidera un jour à notre place. Elle est de savoir si nous garderons des juges et des avocats qui se parlent et s’écoutent vraiment. Les techniques passent. La parole demeure.
Note et références : salon LID, Montpellier, mai 2026 (lid-event.fr) ; rapport « Cour de cassation et intelligence artificielle », avril 2025, et guide de vigilance déontologique magistrats-avocats du 24 octobre 2025 (courdecassation.fr) ; serment de l’avocat : article 3 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 (Légifrance).
Contenu d’information générale : il ne constitue pas une consultation juridique. Chaque situation appelle une analyse propre : consultez un avocat.
Questions fréquentes
L'intelligence artificielle peut-elle remplacer l'avocat qui plaide ?
Non : l'avocat prête serment d'exercer « avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité », des qualités qu'une machine ne met jamais en jeu puisqu'elle ne prête pas serment et n'engage ni sa responsabilité ni son honneur. La plaidoirie est une rencontre, pas un texte lu à voix haute.
Pourquoi des tribunaux administratifs ont-ils rejeté des requêtes générées par IA ?
Parce qu'elles présentaient une argumentation stéréotypée, sans aucune précision sur la situation réelle du requérant : les juges n'ont pas sanctionné l'usage de la machine, ils ont sanctionné le vide, une requête qui ne raconte pas les faits de celui qu'elle prétend défendre ne défendant personne.
Quels risques l'IA générative fait-elle peser sur le travail de l'avocat ?
La machine sait inventer avec un aplomb désarmant, ce qui impose de relire chaque ligne et de vérifier chaque référence produite, car c'est l'avocat qui signe et engage sa responsabilité.